Je lisais une énième aventure d’un gars qui a fait une liste de ses rêves et qui, jour après jour, les réalise.
Son site est très bien fait avec une bonne leçon à en tirer comme quoi tout serait possible. Il est utile dans le sens où il montre à certaines personnes que tout est possible. Moi, il m’a surtout montré que dans ce monde du voyage à vélo, les gens comme moi n’existent pas. Et clairement, ça m’a mis un sérieux coup au moral ce jour de réveillon – en même temps n’importe quel autre jour, ça aurait été pareil vous me direz.

J’avais commencé à lui écrire un message puis je me suis ravisé. Après tout, est-il coupable que cela soit simple ? Non. Si ça se trouve, j’en suis même sûr, tout n’est pas si simple, mais mince quoi ! C’est quoi le défi hein ?!? Il est où ?
Parler en public quand tu es de toute façon à l’aise avec les gens. Où il est ce défi ? Alors que parler devant 2 personnes, 2 FOUTUES personnes, je ne le pouvais pas y a pas si longtemps que ça.
Quel est le défi de traverser un pays quand on est sportif, bien à l’extérieur, bien avec les gens… alors que je flippe quand le paysage est trop plat, quand il est trop vallonné, quand y a du brouillard, quand le ciel est trop clair, quand je dois traverser un pont, quand j’approche de la mer, quand quelqu’un me parle, quand je vois des gens, quand je n’en vois plus… Il est où ce défi hein ? Où il est !?!

J’avais envie de lui crier comme j’ai envie de crier à tous : mais attends, je vais prendre une caméra, me filmer en train de parler à un public, et là tu vas voir à quoi ça ressemble un défi, tu vas voir le vrai foutu visage de la peur !

Non, mais non, je sais que je représente des gens que l’on ne voit pas car ils sont enfermés chez eux pour la plupart. Le pire, c’est que je représente moi-même la partie la plus ouverte, la plus visible et la moins peureuse de cette population, de ces invisibles.

Si je commence cette aventure, c’est parce que j’en ai envie, c’est pour moi. Mais je sais que si je la poursuis, ça sera principalement pour cette partie invisible de la population, ces gens non représentés. Parce que je me connais, je n’aurai pas le courage pour ma simple cause de poursuivre ce que je ne pourrais peut-être même pas poursuivre pour d’autres. Mais je crois que le visage de la peur, le visage de celui qui fait face à une phobie, est un visage qu’on ne voit jamais, un visage laid sans doute, mais aussi un visage humain, vrai et authentique. C’est ce visage que je voudrais montrer. Sans ça, mon aventure n’a pas vraiment de sens.

L’Amertume de la non représentativité
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